Pour apprendre à suturer, commencez par les bases : tenir correctement le porte-aiguille et la pince, faire un nœud chirurgical qui ne glisse pas, puis maîtriser le point simple avant les techniques plus avancées. Entraînez-vous souvent, en séances courtes, sur un pad de suture, en visant des points réguliers qui rapprochent les berges sans les serrer.
Bien posée, une suture rapproche les berges d’une plaie pour l’aider à cicatriser et limiter la cicatrice. C’est un geste que l’on apprend en études de médecine, d’odontologie ou de médecine vétérinaire, que l’on travaille en simulation (en France, il peut faire l’objet d’une station des ECOS) et que l’on pratique ensuite en stage, sous supervision. Voici neuf conseils pour bien débuter.
Dans ce guide :
- Le vocabulaire de base
- Avant de commencer : s’entraîner n’est pas soigner
- 9 conseils pour apprendre à suturer
- Et les fils ?
- Questions fréquentes
Apprendre à suturer : le vocabulaire de base
Le fil de suture est le matériau, le plus souvent serti sur une aiguille. Un point est un passage de ce fil à travers les deux berges, et la suture désigne l’ensemble du geste. On distingue les points séparés, noués un par un, et les surjets, où un seul fil court le long de la plaie et n’est noué qu’aux extrémités. Les techniques sont détaillées dans notre guide des types de points de suture.
Avant de commencer : s’entraîner n’est pas soigner
Un kit d’entraînement sert à travailler les gestes sur un pad, jamais sur une personne ni sur un animal. En clinique, c’est le médecin qui décide de suturer : il examine la plaie (atteinte d’un tendon, d’un nerf, corps étranger), réalise une anesthésie locale et travaille avec du matériel stérile. Une plaie qui pourrait nécessiter des points relève donc toujours d’un médecin. C’est dans ce cadre, sous supervision, que vous poserez vos premiers points sur un patient.
9 conseils pour apprendre à suturer
1. Entraînez-vous souvent, en séances courtes
Le geste devient fluide par la répétition. Mieux vaut trois séances de 20 minutes dans la semaine qu’une après-midi par mois : chez des internes en chirurgie, un entraînement réparti sur plusieurs semaines a été mieux retenu qu’un entraînement concentré sur une journée, à temps de pratique égal. Le jour où vous suturerez un patient en stage, le stress sera là : mieux vaut que les bases soient déjà automatiques. Pour organiser vos séances, lisez comment s’entraîner à suturer chez soi.
2. Tenez correctement le porte-aiguille
La prise classique, conseillée aux débutants : l’extrémité du pouce et de l’annulaire dans les anneaux, le majeur en appui contre l’anneau, l’index allongé le long de l’instrument vers l’articulation pour le stabiliser. Le geste part du poignet, par une rotation qui suit la courbure de l’aiguille. Certains praticiens préfèrent une prise en paume, doigts hors des anneaux et index tendu, qui facilite certains angles ; on replace alors les doigts dans les anneaux pour libérer l’aiguille et pour nouer. Choisissez une prise et travaillez-la jusqu’à ce qu’elle devienne naturelle.
3. Chargez l’aiguille au bon endroit
Saisissez l’aiguille avec l’extrémité des mors, à angle droit, à la jonction de son tiers arrière (côté fil) et de son tiers moyen. Trop près de la pointe, il ne reste pas assez de longueur pour traverser la berge ; trop près du fil, vous la contrôlez moins bien. Fermez le porte-aiguille sans forcer.
4. Servez-vous de la pince, pas de vos doigts
La pince à disséquer se tient dans la main non dominante, comme un crayon. Elle sert à soulever et présenter la berge, à récupérer l’aiguille quand elle ressort et à garder vos doigts loin de la pointe. Prenez la peau délicatement, sans l’écraser : une berge pincée trop fort est une berge abîmée. Pour la peau, on utilise une pince à griffes (ou un crochet), jamais une pince hémostatique.
5. Commencez par le point simple
Le point séparé simple est la façon la plus courante de fermer une plaie cutanée non compliquée, et la base de toutes les autres techniques. Travaillez-le jusqu’à ce que chaque point soit régulier, puis passez au point de Blair-Donati et au point en U, enfin aux surjets. Pour la suture aux ECOS, les plateformes de préparation citent d’ailleurs les points simples et le point de Blair-Donati (voir la suture aux ECOS).
6. Soignez vos nœuds, à la main et au porte-aiguille
Un point ne vaut que par son nœud. Le principe est le même à la main ou au porte-aiguille : un premier demi-nœud double (deux tours), base du nœud de chirurgien, qui se desserre moins pendant que vous ajoutez le suivant ; puis des demi-nœuds simples, chacun dans le sens inverse du précédent et posé bien à plat. Au porte-aiguille, on enroule le brin long autour de l’instrument, on saisit le brin court et on tire les deux brins en sens opposés, en changeant de côté à chaque demi-nœud ; environ quatre demi-nœuds au total sont habituels. Deux demi-nœuds dans le même sens donnent un nœud de vache, qui glisse.
7. Rapprochez les berges, ne les serrez pas
Le serrage s’arrête dès que les berges se touchent. Un point trop serré étrangle le tissu : en clinique, la plaie gonfle dans les heures qui suivent, le fil peut couper la peau et gêner sa vascularisation. Un point trop lâche laisse un espace entre les berges. Sur le pad, une peau qui se creuse autour du point ou forme un bourrelet signale un excès de tension.
8. Gardez des points réguliers
Piquez perpendiculairement à la peau (à 90°) et laissez l’aiguille suivre sa courbure. Ressortez de l’autre côté à la même distance de la berge et à la même profondeur. Le point doit être un peu plus large en profondeur qu’en surface : les berges se retournent alors légèrement vers l’extérieur (éversion des berges), ce que l’on recherche. Pour l’espacement, retenez la règle du Manuel MSD : la distance entre deux points est à peu près égale à la distance entre le point d’entrée et la berge.
9. Prenez les réflexes d’asepsie dès l’entraînement
Sur un patient, tout ce qui touche la plaie est stérile, et l’asepsie fait partie de ce qui est évalué lors d’une suture aux ECOS. Prenez dès maintenant les bonnes habitudes : friction hydroalcoolique des mains, gants, aiguille toujours manipulée avec les instruments, matériel disposé dans le même ordre, objets tranchants jamais posés au hasard.
Récapitulatif : les repères d’un point simple
| Repère | Ce qu’il faut viser |
|---|---|
| Chargement de l’aiguille | À angle droit, à la jonction du tiers arrière et du tiers moyen |
| Entrée dans la peau | À 90°, en suivant la courbure de l’aiguille |
| Distance au bord | La même des deux côtés (1 à 3 mm sur le visage) |
| Forme du point | Plus large en profondeur qu’en surface, pour éverser les berges |
| Espacement | À peu près égal à la distance au bord |
| Serrage | Jusqu’au contact des berges, pas au-delà |
| Nœud | Premier demi-nœud double, puis demi-nœuds alternés, à plat |
Et les fils ? Résorbables, calibres, ablation
En clinique, le fil se choisit selon la région et le plan à suturer. Pour la peau, on utilise surtout des monofilaments non résorbables : 5/0 ou 6/0 sur le visage, 5/0 sur les mains, 4/0 ou 5/0 sur la plupart des autres régions, 3/0 ou 4/0 au cuir chevelu. Les fils résorbables servent surtout aux plans profonds. Les fils non résorbables sont retirés ensuite par un soignant (ablation des fils), après un délai que fixe le médecin selon la région : plus court sur le visage, plus long sur les mains ou les membres. Tous ces repères sont détaillés dans notre guide des fils de suture.
Questions fréquentes
Comment tenir un porte-aiguille ?
Dans la prise classique, le pouce et l’annulaire sont dans les anneaux et l’index est allongé le long de l’instrument pour le stabiliser ; le geste part du poignet. Certains préfèrent une prise en paume, doigts hors des anneaux, qu’ils y replacent pour libérer l’aiguille et pour nouer.
Par quel point commencer ?
Par le point simple (point séparé simple), le plus utilisé pour fermer la peau. Une fois qu’il est régulier, passez au point de Blair-Donati, au point en U, puis aux surjets.
Comment faire un nœud chirurgical à la main ou au porte-aiguille ?
Dans les deux cas, le principe est le même : un premier demi-nœud double, puis des demi-nœuds simples de sens alterné, posés à plat, en tirant les brins en sens opposés. Au porte-aiguille, on enroule le brin long autour de l’instrument avant de saisir le brin court ; environ quatre demi-nœuds suffisent en général.
Quelle distance entre les points de suture ?
Il n’y a pas de chiffre unique : l’espacement est à peu près égal à la distance entre le point d’entrée de l’aiguille et la berge. Sur le visage, où l’on pique à 1 à 3 mm du bord, les points sont donc plus rapprochés que sur le tronc.
Quand utiliser un fil résorbable ?
Surtout pour les plans profonds (points dermiques enfouis) et dans la bouche, où retirer des fils est difficile. Pour la peau, un fil résorbable à résorption rapide est une option quand l’ablation des fils est impossible ou peu souhaitable, par exemple chez le jeune enfant.
Pour aller plus loin
Pour revoir chaque geste en français, consultez notre manuel Suturez comme un chirurgien. Pour vous entraîner, le Suture Practice Kit réunit les instruments, un pad de suture réutilisable et 20 fils d’entraînement ; il est accompagné d’un ebook et de vidéos gratuits du Dr Buck Parker (en anglais). Continuez avec les types de points de suture et les 6 erreurs à éviter.