Pour vous entraîner à suturer chez vous, il vous faut de vrais instruments (porte-aiguille, pince à disséquer, ciseaux), de vrais fils de suture et un support adapté : une fausse peau en silicone, une banane pour les premiers points simples ou un pied de porc pour une peau plus épaisse. Installez-vous à une table bien éclairée, avec des gants, et progressez par étapes : tenue des instruments, nœuds, point simple, puis techniques plus avancées.
Les ateliers du centre de simulation et les premières gardes ne suffisent pas à rendre un geste fluide : la suture demande de la répétition. Ce guide s’adresse aux étudiants en médecine, en odontologie et en médecine vétérinaire qui veulent s’exercer entre deux séances encadrées. Il ne concerne que l’entraînement sur support, jamais sur des personnes ni sur des animaux.
Dans ce guide :
- Le matériel pour s’entraîner à suturer
- Fausse peau, banane ou pied de porc : sur quoi s’entraîner ?
- Installer votre poste de travail
- Une progression en cinq étapes
- Bien choisir vos ressources
- Questions fréquentes
S’entraîner à suturer : le matériel nécessaire
Inutile d’accumuler du matériel, mais il doit être conçu pour la suture : une pince à épiler, une aiguille à coudre et du fil de couture ne donnent ni les bonnes sensations ni les bons réflexes.
- Un porte-aiguille (par exemple de type Mayo-Hegar) : c’est lui qui tient l’aiguille, jamais vos doigts.
- Une pince à disséquer, par exemple une pince d’Adson, pour soulever et présenter les berges.
- Des ciseaux pour couper les fils.
- Un manche de bistouri et des lames, pour tracer vous-même des incisions nettes dans la fausse peau.
- Des fils de suture d’entraînement : des fils prévus pour la suture (pas du fil à coudre), si possible monofilaments et tressés.
- Un support : fausse peau, fruit ou pièce de boucherie.
- Des gants d’examen, pour vous habituer à travailler ganté.
Le Suture Practice Kit réunit l’essentiel : un pad de suture en silicone à 3 couches qui simule la peau (réutilisable), un porte-aiguille de Hegar, une pince d’Adson, une pince mosquito, des ciseaux à iris, un manche de bistouri, des lames de bistouri (lot de 3), 20 fils de suture d’entraînement assortis et un étui de rangement à fermeture éclair. Il est réservé à l’entraînement, par des adultes (18 ans et plus). Il n’est pas stérile, ne doit jamais être utilisé sur des personnes ou des animaux et contient des objets tranchants : tenez-le hors de portée des enfants. Pour comparer les kits, lisez notre guide pour choisir un kit de suture ; pour le rôle de chaque instrument, notre article sur le matériel de suture.
Fausse peau, banane ou pied de porc : sur quoi s’entraîner ?
Le support change la façon dont l’aiguille passe et dont les berges réagissent. Une étude publiée en 2021 dans le Medical Journal of Australia (en anglais) a fait réaliser trois types de points à 21 médecins de chirurgie et de médecine d’urgence sur quatre supports :
| Support | Points menés à bien (sur 21 médecins) | À savoir |
|---|---|---|
| Pad synthétique (fausse peau) | Point simple, Blair-Donati et surjet intradermique : 21 | Rappelait la peau du tronc ; aucune préparation |
| Peau de porc | Les trois techniques : 21 | Peau épaisse, proche de la paume ou du dos ; viande crue |
| Banane | Point simple 21, Blair-Donati 18, intradermique 2 | Peau fine, rappelant celle d’une personne âgée |
| Orange | Point simple 15, Blair-Donati 6, intradermique 0 | Tissu friable, peu utile au-delà du point simple |
Le support n’a pas besoin d’être parfait : dans un essai brésilien mené auprès de 36 étudiants en médecine débutants, ceux qui s’étaient entraînés sur un modèle synthétique simple ont progressé autant que ceux qui travaillaient sur de la peau de pied de porc, et nettement plus que ceux qui n’avaient reçu qu’un enseignement théorique.
La fausse peau (pad de suture)
C’est le support des centres de simulation ; aux ECOS, en France, la suture se fait sur un carré de suture cutanée, que les plateformes de préparation décrivent en silicone. Un bon pad reproduit plusieurs couches de la peau, se réutilise et ne demande aucune préparation ; avec la peau de porc, c’est le support qui permet de travailler le surjet intradermique. Les modèles sont comparés dans notre article pad de suture ou fausse peau.
La banane
Peu coûteuse et disponible partout, elle convient aux premiers points simples et au point de Blair-Donati, mais très mal au surjet intradermique. Ne la mangez pas après l’exercice : elle a été manipulée avec des instruments et des fils.
Le pied de porc
Le pied de porc (ou pied de cochon), qu’on trouve chez le boucher, reste un classique des ateliers de suture : certaines formations francophones demandent par exemple de filmer trois points simples réalisés sur un pied de cochon. Une poitrine de porc avec sa couenne ou une cuisse de poulet avec la peau conviennent aussi. C’est de la viande crue : travaillez avec des gants, nettoyez votre plan de travail, gardez la pièce au réfrigérateur et jetez-la après la séance.
Installer votre poste de travail
- Une table stable, qui vous permet de travailler les épaules relâchées et les avant-bras en appui.
- Un bon éclairage, idéalement une lampe orientable : vous devez voir précisément où l’aiguille entre et ressort.
- Un support qui ne glisse pas, posé sur un set antidérapant ou un linge humide.
- Des instruments disposés toujours dans le même ordre, comme sur une table de soins.
- Un contenant rigide qui ferme pour les lames usagées. Montez et retirez les lames avec une pince ou le porte-aiguille, jamais avec les doigts.
Une progression en cinq étapes
- Tenir les instruments : prise du porte-aiguille, chargement de l’aiguille, pince tenue comme un crayon.
- Les nœuds : nœud chirurgical à la main et nœud au porte-aiguille.
- Le point simple : angle d’entrée, prises symétriques, éversion des berges, serrage juste.
- Les points plus techniques : point de Blair-Donati et point en U.
- Les surjets : surjet simple, puis surjet intradermique.
Ne passez à l’étape suivante que lorsque la précédente est fluide. Les bons gestes sont détaillés dans nos conseils pour apprendre à suturer, et les techniques dans notre guide des types de points de suture. Si vous préparez les ECOS, les plateformes de préparation citent les points simples et le point de Blair-Donati pour la suture : voyez notre article sur la suture aux ECOS.
Deux habitudes font gagner du temps. Préférez plusieurs séances courtes et régulières à une longue séance isolée : chez des internes en chirurgie, un entraînement réparti sur plusieurs semaines a été mieux retenu qu’un entraînement concentré sur une journée, à temps de pratique égal. Et filmez-vous de temps en temps : la vidéo montre des défauts que l’on ne remarque pas pendant le geste, comme un poignet bloqué ou des prises asymétriques.
Bien choisir vos ressources
Appuyez-vous d’abord sur votre faculté : centre de simulation, tuteurs, préparation aux premières gardes. Un manuel permet ensuite de revoir chaque geste à votre rythme : Suturez comme un chirurgien, écrit par des médecins, existe en français. Le Suture Practice Kit est accompagné d’un ebook et de vidéos gratuits du Dr Buck Parker, chirurgien spécialisé en chirurgie générale et en traumatologie (ebook et vidéos, en anglais). Quant aux tutoriels en ligne, faites le tri : vérifiez qui les présente (médecin, chirurgien, service universitaire) et demandez conseil à vos enseignants.
Gardez enfin la limite en tête : le pad, la banane et le pied de porc servent à automatiser des gestes, pas à soigner. Ne vous exercez jamais sur une personne, vous compris, ni sur un animal. Vos premiers points sur un patient se feront en stage ou en garde, avec du matériel stérile et sous la supervision d’un senior.
Questions fréquentes
Peut-on s’entraîner à suturer sur une banane ?
Oui, pour débuter : dans l’étude australienne de 2021, tous les médecins ont réussi des points simples sur la banane, et la plupart des points de Blair-Donati. Pour le surjet intradermique, il faut une fausse peau ou de la peau de porc.
Et sur un pied de porc ?
Oui. Sa peau épaisse et résistante en fait un support classique des ateliers de suture. C’est de la viande crue : gants, plan de travail nettoyé et pièce jetée après usage.
Avec quel fil s’entraîner ?
Avec de vrais fils de suture, pas du fil à coudre : leur raideur et leur tenue au nœud font partie de l’apprentissage. Un calibre courant comme le 3/0 ou le 4/0 se manipule facilement ; alternez monofilament et tressé (voir notre guide des types de fils de suture).
Faut-il des gants pour s’entraîner ?
Oui. Des gants d’examen non stériles suffisent : ils vous habituent à la perte de sensibilité, comme en stage. Ils sont indispensables avec de la viande crue.
Combien de temps doit durer une séance ?
Il n’existe pas de durée de référence. Des séances courtes et régulières, par exemple 20 à 30 minutes plusieurs fois par semaine, valent mieux qu’une longue séance de temps en temps : la pratique répartie aide à retenir les gestes.
Pour aller plus loin
Pour revoir chaque technique en français, consultez notre manuel Suturez comme un chirurgien. Pour vous équiper, le Suture Practice Kit rassemble instruments, pad de suture réutilisable et fils d’entraînement. Et pour la suite, lisez nos conseils pour apprendre à suturer et les erreurs à éviter pour bien suturer.